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26.02.2026 par Pieter Poldervaart

Le commerce équitable dépend d’un financement stable

Les aliments issus du commerce équitable, par exemple le café et le cacao, améliorent les conditions de vie dans les pays de production. Toutefois, pour vraiment changer les choses, il faut payer le plus rapidement possible après la récolte. Voilà ce que fait la coopérative Fair2C, dont le Fonds d’innovation de la BAS a acquis des parts sociales. 


Article de la BAS
Article du thème L’inégalité
Photo: Fair2C
Mateo, au Guatemala, cultive le café depuis toujours, tout comme ses parents avant lui. Depuis 14 ans, il est fier d’être membre de la coopérative Asobagri.

On paie un prix légèrement plus élevé quand on achète des bananes, du café, du chocolat ou d’autres aliments provenant de pays du Sud et issus du commerce équitable. La différence permet aux productrices et producteurs de toucher un revenu leur assurant une existence décente. Cela n’est toutefois possible que si elles et ils peuvent vendre la plus grande partie de leur récolte via le commerce équitable. Or, la plupart du temps, la prime leur est versée pour un ou deux tiers de leur production, le reste étant écoulé dans la filière classique. L’une des raisons en est le décalage entre la récolte et sa vente. Les caféicultrices et caféiculteurs sont généralement membres d’une coopérative locale, qui réceptionne les grains de café fraîchement cueillis. Ceux-ci sont ensuite triés, nettoyés, emballés, puis expédiés. 
À cela s’ajoutent des analyses de qualité qui prennent du temps. «Les négociant-e-s en café d’Europe et des États-Unis ne paient le café vert que lorsqu’il se trouve dans un porte- conteneurs.» Plusieurs mois peuvent avoir passé depuis la récolte», explique Marie-Noëlle Jerschke, partenaire chez FairCapital SA. Pendant tout ce temps, la productrice ou le producteur attend souvent d’être payé-e. Il lui manque alors des moyens financiers pour subvenir à ses besoins, ainsi que pour acheter du matériel ou des plants. Le changement climatique aggrave le problème, en obligeant à acquérir de nouvelles variétés de plantes utiles, à introduire l’agroforesterie, à diversifier les cultures ou à investir dans des systèmes d’irrigation. Voilà pourquoi une partie de la récolte doit être vendue à un prix inférieur et sans label à des intermédiaires conventionnels. 

Les paiements rapides sont rares 
Une solution consisterait à préfinancer la récolte. Certaines et certains grossistes en café – dont des importatrices et importateurs suisses – l’ont déjà mis en place, mais ce préfinancement ne concerne en règle générale qu’une partie de la récolte. D’après Mme Jerschke, «les entreprises veulent éviter d’immobiliser beaucoup de capital. En outre, le préfinancement ne constitue pas leur activité de base, en particulier dans des pays où le système bancaire est peu développé. Sa société, FairCapital SA, dont le siège se trouve en Suisse, cherche depuis 2020 à remédier à ce problème. Elle s’est spécialisée dans le financement intermédiaire du commerce équitable. Quand la direction de FairCapital a parlé de son activité quotidienne à son entourage, plusieurs personnes ont souhaité s’impliquer. «Nous avons donc décidé de ne pas nous adresser seulement aux investisseuses et investisseurs institutionnel-le-s, mais aussi aux gens qui aimeraient investir plus modestement», ajoute Mme Jerschke. C’est dans cet objectif que la coopérative Fair2C est née en 2021. À ce jour, Plus de 80 personnes physiques et morales ont souscrit au moins une part sociale de 5000 francs. Outre la caisse de pension Abend­rot, axée sur la durabilité, la BAS participe à Fair2C par le biais de son Fonds d’innovation, qui détient dix parts sociales. Mme Jerschke souligne que «l’engagement de la BAS a contribué à mettre la coopérative sur les rails». 

Des études préliminaires professionnelles 
Fair2C bénéficie du travail en amont de FairCapital SA. Cette grande sœur s’occupe d’identifier les coopératives locales adéquates et de les examiner; elle conclut les contrats et vérifie les flux financiers. Au lieu de payer jusqu’à 18 pour cent d’intérêt – comme il est d’usage dans le secteur –, les coopératives locales en versent en moyenne environ 10 pour cent pendant les deux ou trois mois qui précèdent le paiement par la ou le grossiste. L’obligation pour la négociante ou le négociant en café de régler l’achat directement à Fair2C contribue à abaisser le taux d’intérêt tout en réduisant le risque de crédit. Afin d’améliorer autant que possible la sécurité des petites investisseuses et petits investisseurs, FairCapital incite le conseil d’administration de Fair2C à investir ex­clusivement dans des coopératives locales avec lesquelles l’entreprise travaille depuis plusieurs années. «Nous pouvons toutefois refuser des propositions et sommes aussi libres de changer de prestataire», indique Christine Hofstetter, membre du comité directeur de Fair2C et active depuis des années dans le domaine de l’investissement à impact social.

Priorité à l’Amérique latine
Selon la marche des affaires, les coopératrices et coopérateurs reçoivent jusqu’à 3 pour cent de dividende sur leur capital, qu’elles et ils peuvent récupérer avec un préavis de six mois. Mme Hofstetter précise que pour le moment, Fair2C a fait de la publicité uniquement dans son cercle de connaissances, faute des moyens nécessaires pour un marketing professionnel. Elle cherche toutefois à se développer, car plus ses capitaux seront importants, plus elle aura de poids afin de promouvoir le commerce équitable grâce au préfinancement des récoltes. Même les coopératives locales avec lesquelles Fair2C collabore ne vendent que 20 à 65 pour cent de leur café avec la prime du commerce équitable, le reste étant écoulé au prix standard. 
Fair2C travaille actuellement dans une zone géographique restreinte. «Nous œuvrons dans cinq pays d’Amérique centrale et du Sud, et nous nous limitons pour le moment au café», complète Marie-Noëlle Jerschke. Les coopératives de ces régions sont stables et constituent des partenaires commerciaux fiables. Aucun incident de crédit ne s’est produit à ce jour. La société FairCapital SA a les reins plus solides. Elle est en outre présente dans cinq pays africains, où elle finance aussi des aliments comme les fèves de cacao et les noix de cajou. Son portefeuille englobe plus de 60 coopératives locales. 
Alors que FairCapital SA a disposé de plus de 30 millions de francs au cours du dernier exercice, Fair2C a investi environ un million, en utilisant les fonds plusieurs fois par an sous forme de prêts à court terme. «Notre impact est calculé sur la base de la prime annuelle de commerce équitable, qui a atteint 287 650 francs à la fin de l’exercice précédent grâce à notre préfinancement», énonce Mme Hofstetter. Outre le financement intermédiaire, la coopérative aimerait œuvrer à la sensibilisation des consommatrices et consommateurs helvétiques aux atouts du commerce équitable. Elle organise à cette fin des événements – par exemple dans des ateliers de torréfaction – pour présenter les produits, expliquer le système de préfinancement et recruter de nouveaux membres. Christine Hofstetter s’en réjouit: «Ce type de communication personnelle a prouvé son efficacité lorsqu’il s’agit de démontrer l’impact direct de notre travail.» 


Illustration : Fair2C


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