Le modèle d’affaires unique de la BAS fait ses preuves depuis 35 ans. Il met en relation des bailleuses et bailleurs de fonds avec des preneuses et preneurs de crédit qui se soucient des aspects socio-écologiques. Pour répondre à la forte demande de financement, la BAS aimerait recevoir de nouveaux fonds. Elle pourra ainsi soutenir davantage de fermes bio, de logements coopératifs, d’installations photovoltaïques et de rénovations durables de bâtiments.
Carola Niederhauser, quelles conditions une entreprise doit-elle remplir pour obtenir un crédit de la BAS?
Carola Niederhauser Le plus important est que son activité fasse partie de l’un des neuf secteurs d’encouragement que la BAS souhaite financer en priorité. En 2025, près de 90 pour cent de notre portefeuille de crédits correspondaient à l’un de ces secteurs (voir graphique ci-contre). Bien sûr, la BAS examine aussi les données financières de l’entreprise. Étant donné que nous accordons nos crédits avec l’argent que notre clientèle et nos actionnaires nous ont confié, nous en prenons grand soin et voulons nous assurer que les crédits seront remboursés.
Quel est le secteur d’encouragement principal?
Aux yeux de la BAS, tous les secteurs d'encouragement sont importants. La plupart des crédits sont attribués au secteur «habitat ou espace de travail durable», dans lequel les maîtres d’ouvrage d’utilité publique occupent une place considérable. Par ailleurs, les financements dans les énergies renouvelables et en faveur d'établissements du secteur de la santé et des soins représentent aussi une part significative.
Est-il toujours facile de savoir si une entreprise correspond à un secteur d’encouragement de la BAS?
Oui et non. Le classement de nombreuses entreprises dans tel ou tel secteur d’encouragement de la BAS s’avère souvent évident. Par exemple, lorsqu’il s’agit d’une ferme biologique ou d’un réseau de chaleur. Mais il existe parfois une certaine marge d’interprétation. Notre intention est d’obtenir une vision globale de la durabilité d’une entreprise. En cas d’ambiguïté, nous discutons des demandes également au sein de notre équipe ou avec le cercle de durabilité. Nous tenons à développer une compréhension commune des critères dans les différents secteurs d’encouragement, puis à les appliquer de manière homogène à l’échelle de la Banque.
Des critères d’exclusion s’appliquent-ils aussi à la sélection des entreprises?
Absolument. Nous ne voulons pas financer les secteurs que nous jugeons non durables – d’un point de vue écologique et social – ou ceux qui soulèvent des doutes quant à leur éthique. On peut citer les industries de l’armement, du pétrole ou du nucléaire. Les violations des droits de la personne constituent un autre critère d’exclusion. La question qui se pose dans tous les cas est la suivante: jusqu’où aller mener l’examen? Dans le cas des entreprises basées en Suisse, la situation est généralement facile à évaluer. Ce n’est pas toujours le cas quand on remonte la chaîne d’approvisionnement. La BAS est ambitieuse en ce qui concerne la mise en lumière de ces aspects.
Existe-t-il d’autres directives éthiques, en matière d’octroi de crédits, qui distinguent la BAS des autres banques?
Oui. La BAS observe huit principes éthiques qui guident sa gestion et ses activités. Certains nous différencient des autres banques. On peut citer le principe «pas de spéculation»: il ne s’applique pas uniquement aux affaires de la clientèle entreprises, mais à l’ensemble de la Banque. Nous tenons à placer la plus grande part possible des avoirs de notre clientèle dans l’économie réelle afin d’y obtenir des impacts positifs. En outre, nous ne visons pas à maximiser le profit. Chaque entreprise, même notre banque, doit faire des bénéfices, faute de quoi elle sera économiquement non viable. Mais nous ne concluons pas d’affaires juste pour le plaisir d’en faire ou pour octroyer un maximum de nouveaux crédits. Pour nous, les besoins de la clientèle passent avant le volume. Nous pouvons donc véritablement conseiller nos clientes et clients, sans chercher à vendre à tout prix. Voilà aussi pourquoi la BAS ne verse aucune prime liée à la performance. La renonciation aux incitations financières contribue grandement à mettre l’accent sur la qualité du conseil.
Comment cela se traduit-il concrètement dans le travail des conseillères et conseillers à la clientèle?
Nous voulons proposer à nos clientes et clients la meilleure solution pour leur projet. Quand un financement n’est pas (encore) possible, par exemple si leur entreprise est en pleine phase de démarrage, nous prenons le temps de l’expliquer.
La transparence – autre principe fondamental de la BAS – joue ici un rôle important: elle va jusqu’à la publication de chaque crédit dans la version imprimée de notre rapport de gestion. Nous présentons également en ligne un résumé de cette liste.
Nous expliquons clairement à notre clientèle comment nous évaluons les dossiers et pourquoi nous décidons parfois de ne pas financer un projet, même s’il correspond aux objectifs de la BAS. Cela peut arriver quand nous constatons qu’un crédit pourrait compliquer la situation financière à long terme de la cliente ou du client. Dans certains cas, nous faisons alors intervenir notre association «Fonds d’innovation», afin de proposer une perspective différente.
Y a-t-il d’autres points sur lesquels la BAS se distingue des banques classiques, dans ses relations avec les preneuses et preneurs de crédit?
Oui, dans la mesure où la notion de durabilité de la BAS va fondamentalement plus loin que la moyenne des banques. La BAS aborde de nombreux aspects écologiques et sociaux et les applique à l’ensemble de ses activités, et pas juste à certains produits. De plus, dans certains domaines, nous concevons nos produits avant tout pour répondre aux besoins de la clientèle. Par exemple dans le secteur des énergies renouvelables, où nous octroyons des financements à des projets. Je n’ai pas connaissance de l’existence de tels produits dans d’autres banques, ou alors elles proposent des crédits seulement pour de grands projets d’infrastructure. Un exemple supplémentaire est l’Hypothèque Logements équitables BAS. Elle soutient les maîtres d’ouvrage d’utilité publique qui mettent à disposition des logements selon le principe des loyers à prix coûtant et qui réalisent un projet visant à améliorer l’efficacité énergétique. La BAS a acquis une vaste expertise dans ces domaines, car ceux-ci ont toujours joué un rôle clé pour elle. Le savoir-faire que nous pouvons offrir, acquis au fil des décennies, nous distingue des autres banques.
Et que dire du taux d’intérêt?
Celles et ceux qui recherchent uniquement le taux le plus bas ne le trouveront pas chez nous. Nous ne pouvons et ne voulons pas être la banque la moins chère du marché. Cela tient en particulier à notre modèle économique: la grande importance accordée à la durabilité et à l’éthique se répercute bien entendu sur nos coûts, ne serait-ce qu’en raison de la taille de l’équipe consacrée à la durabilité proportionnellement à la BAS, relativement petite. Les coûts d’infrastructure, d’informatique et de suivi des exigences réglementaires pèsent donc bien plus lourd, comparés au volume total, que dans une grande banque. Nous ne voulons pas non plus être les plus chers, bien sûr. Nous devons équilibrer les charges et ce que nous pouvons offrir à notre clientèle en matière de services.
De quels leviers la BAS dispose-t-elle pour contribuer à transformer durablement la société?
Avec ses secteurs d’encouragement, la BAS a défini les domaines d’activité qui nous tiennent à coeur et auxquels nous souhaitons octroyer nos crédits en priorité. Par ailleurs, nous collaborons activement avec des partenaires pour organiser, entre autres, des ateliers de travail ou des événements de sensibilisation. Nous tenons à montrer ce que devient l’argent investi dans la BAS, et en quoi cela diffère d’une banque classique. En publiant le magazine moneta ou en soutenant, par exemple, l’initiative pour la place financière, la Banque essaie également d’avoir un impact et de contribuer à façonner la transformation, au-delà de l’activité bancaire elle-même.



