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17.06.2026 par Pieter Poldervaart

« L’adieu à l’écologie n’est qu’un battage médiatique »

Gerhard Andrey quitte le conseil d’administration de la BAS après y avoir passé neuf ans. Conseiller national chez les Vert-e-s, il s’est fortement engagé pour la numérisation de la Banque et sa transformation vers la sociocratie


Article de la BAS
Article du thème L’artisanat
Photo: Antoine Vullioud

Vous quittez le conseil d’administration de la BAS après neuf années en son sein. Pourquoi? 
Gerhard Andrey: La décision de ne pas me représenter a été difficile à prendre, car la BAS est une entreprise vraiment unique. Mais, depuis deux ans, j’ai de plus en plus de peine à coordonner mon mandat au Conseil ­national et mes tâches au conseil d’administration. Dans la Berne fédérale, je suis membre de la Commission de la politique de sé­curité et de la Commission des finances du Conseil national. Et en cette période de crises, le travail y est très exigeant. 

Qu’avez-vous accompli à la BAS? 
En tant que cofondateur de l’agence numérique Liip, j’ai cherché à accompagner la transformation numérique de la Banque. J’ai également pu apporter mon expérience pour y introduire la sociocratie. Dans mon ­entreprise, nous pratiquons depuis longtemps l’holocratie — qui est également un modèle d’organisation sociocratique. Bien que ces nouvelles formes d’organisation participative offrent de gros avantages, je les aborde d’une façon non dogmatique. Elles doivent avant tout servir les personnes, rendre le travail plus agréable et meilleur. 

Avez-vous, vous aussi, appris de la BAS?
Et comment! N’étant pas banquier, j’y ai énormément appris. J’en ai beaucoup profité quand j’ai été élu au Conseil national en 2019. Être membre du conseil d’administration d’une banque m’a donné une crédibilité pour participer aux débats sur la réglementation des marchés financiers. Cela m’a également aidé vis-à-vis du public. J’ai, en contrepartie, pu apporter à l’instance dirigeante de la BAS mes expériences acquises dans l’activité politique.

Qu’est-ce qui a changé à la BAS ces neuf dernières années? 
Mon arrivée au conseil d’administration a coïncidé avec le début de la période de taux d’intérêt bas. Le 1er janvier 2016, la BAS est devenue le premier établissement suisse à introduire des intérêts négatifs. L’activité bancaire durable s’est généralisée dans la foulée. Nous assistons aujourd’hui à un retour de bâton en ce qui concerne la durabilité, et nous devons réaffirmer fermement que cette manière de travailler est porteuse de sens. L’adieu à l’écologie n’est, de toute façon et en partie, qu’un battage médiatique. Ça ne m’étonne donc pas que les nouvelles clientes et nouveaux clients continuent d’affluer à la BAS. 

Vous vous engagez actuellement en faveur de l’initiative sur la place financière. Pour quelles ­raisons cette revendication populaire est-elle nécessaire? 
Dans une motion soutenue par des partis de gauche comme de droite, j’ai demandé que le secteur financier puisse décider comment atteindre les objectifs climatiques, mais que des sanctions soient appliquées s’il s’écarte de la trajectoire. Même le Conseil fédéral a recommandé d’adopter cette approche réglementaire typiquement suisse. ­Toutefois, l’opposition de l’Union suisse des banquiers a torpillé la proposition aux Chambres fédérales. J’y ai vu la preuve que le secteur refuse d’assumer ses res­ponsabilités, que la pression populaire s’avère indispensable pour que le monde de la finance inclue la protection du climat. L’initiative comprend aussi des dispositions ­relatives à la préservation de la biodiversité, un sujet encore trop négligé par la branche. 

Que souhaitez-vous à la BAS pour l’avenir?
La BAS jouit d’une excellente réputation auprès du grand public, ce qui est vraiment remarquable pour une banque plutôt petite. Cela s'explique largement parce que la BAS oriente ses activités de façon cohérente et transparente vers l’économie réelle. La crédibilité qu’elle en tire aide à relever les défis à venir: la perte de biodiversité devient alarmante, on ne prend pas encore assez au sérieux le sujet de la suffisance. Autant de domaines dans lesquels la Banque peut jouer un rôle de premier plan en tant que partenaire des PME locales. Et, comme au moment de sa fondation, elle peut faire œuvre de pionnière en misant sur le fait qu’elle est réellement différente. 

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