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29.10.2026 par Roland Fischer

«L’idée de confier son argent à une banque ne serait venue à personne»

Le Musée national de Zurich présente actuellement une exposition consacrée à la Suisse en tant que pôle bancaire. Christian Weiss, commissaire de l’exposition, nous explique comment conserver et prêter de l’argent sont devenues des activités économiques majeures dans notre pays.

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Photo: màd
Christian Weiss, né en 1975 à Zurich, est conservateur responsable de la numismatique et des sceaux au Musée national suisse. Il enseigne la numismatique et l’histoire de la monnaie aux universités de Berne et de Zurich. Il vit à Zurich avec sa compagne et leurs deux enfants.

Monsieur Weiss, d’où est venue l’idée d’organiser une exposition sur les banques? 
Christian Weiss: Le sujet nous titillait depuis longtemps, mais le déclencheur fut le ­rachat du Credit Suisse en 2023. Nous avons toutefois vite décidé de ne pas nous contenter d’une exposition sur la crise ­actuelle et d’ouvrir plutôt une pers­pective plus large. 

Que vouliez-vous mettre en lumière? 
Les banques ne sont évidemment pas un simple objet économique: elles font ­partie intégrante de l’identité suisse. Notre choix a donc été de présenter le thème d’un point de vue contemporain, mais aussi historico-culturel. On peut citer, par exemple, les éternelles polémiques autour du secret bancaire. 

Pour comprendre les banques aujourd’hui, il vaut la peine de s’intéresser à leur préhistoire. Vous écrivez que, déjà bien avant l’apparition de banques officielles, l’argent, le crédit et la confiance étaient essentiels dans la vie quotidienne. Parlons d’abord des crédits: où pouvait-on en obtenir? 
Des acteurs très différents ont joué un rôle dans ce domaine au cours de l’Histoire. Au Moyen Âge, l’usure et les intérêts ont longtemps été interdits; cette activité s’avérait alors risquée et peu rentable. On la laissait en grande partie aux Juifs, bien que d’autres se lançaient aussi dans le crédit là où les réglementations étaient moins sévères. Les Lombards et, plus généralement, les gens du nord de l’Italie œuvraient traditionnellement dans le domaine financier. 

L’Histoire semble montrer que si le ­crédit est resté indissociable des intérêts, l’usure a maintes fois été prohibée. 
Oui, et cette contradiction illustre très bien le problème des prêteurs juifs, qui exerçaient un métier essentiel à l’économie, mais stigmatisé. Quand la peste a ravagé l’Europe, les communautés juives ont été désignées comme responsables. Et les autorités ont peu fait pour les protéger efficacement. 

Peut-être parce que ces mêmes autorités leur devaient de l’argent et pouvaient ainsi se libérer d’un fardeau financier... 
Bon nombre d’événements historiques demeurent implicites, sans traces écrites. Cela dit, il est vrai que de véritables redistributions ont eu lieu dans le sillage des ­pogroms. On a vu d’anciens débiteurs devenir soudainement propriétaires de biens immobiliers. 

Quel rôle l’État a-t-il joué dans le cadre d’une activité de crédit aussi florissante que controversée? 
Il a toujours oscillé entre interdiction, réglementation et implication directe. ­L’endettement de la population était régulièrement considéré comme un problème social, menant à des tentatives d’intervention pour rétablir l’équilibre. La nationalisation de l’activité de crédit s’est faite à la fin du Moyen Âge, quand est apparu le «change public». 

Du change? 
Oui, avec la fonction première de permettre aux voyageuses et voyageurs d’obtenir de la monnaie locale contre leur argent. Dans ces bureaux s’est ensuite développée une offre de microcrédit. Voilà donc ce qui a précédé les banques, la façon dont ont fusionné différentes activités bancaires: changer ou prêter de l’argent, gérer des patrimoines et les conserver en sécurité. Jadis, on se contentait souvent d’enterrer ses économies. L’idée de confier son argent à une banque ne serait venue à personne. 

Passons de l’autre côté: qui recourait aux crédits? 
Nous ne disposons que d’une image fragmentaire: moins une opération de crédit était spectaculaire, moins les sources historiques l’ont fait transparaître clairement. D’où, peut-être, une sous-repré­sentation des petits emprunts dans la recherche. Nous avons connaissance surtout des grosses transactions avec des maisons royales ou de puissantes entreprises. Une chose est sûre, toutefois: contracter un crédit pour un usage personnel était très rare avant le 20e siècle.

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